halima melghagh
14.04.09,pour le Réseau Méditerranée d’Information et Communication de Génère.
Casablanca, 03-04-2009
A L’attention de Monsieur le Président de la HACA
Monsieur Ahmed GHAZALI
Monsieur le président:
Il nous a été donné de constater que la chaîne de télévision Al Oula ; diffuse depuis quelque temps ; un spot publicitaire humiliant pour la femme en général et la femme militante en particulier.
Vous n’êtes pas sans savoir ; que la télévision ; arme à double tranchant ; peut-être utilisée comme moyen de conscientisation pour tout pays aspirant au progrès impliquant toutes ses forces vives ; hommes et femmes ; ou instrumentalisée comme vecteur de violence symbolique à l’égard de celles-ci. C’est malheureusement le cas du spot en question.
Présenté sous forme de couverture journalistique d’une manifestation de femmes ; le film publicitaire réduit ces femmes à de ‘’militantes ‘’ simples d’esprit puisqu’elles sont descendues dans les rues ; pour revendiquer l’utilisation exclusive d’une marque précise de détergent pour leur machine à laver. C’est dire l’estime dans lequel que la télévision publique tient la lutte menée depuis des décennies par la femme marocaine pour défendre sa dignité.
Destinée à priori à aider les mentalités à s’inscrire dans le processus de modernité ; la TVM préfère ramener la femme à un statut rétrograde. Ainsi après la femme au foyer ; c’est la femme moderne qui est humiliée ; ridiculisée et son combat caricaturé ; car la manifestation est utilisée comme métaphore pour transmettre des valeurs rétrogrades à des milliers sinon des millions de téléspectateurs et téléspectatrices ; qu’ils vont inconsciemment intérioriser.
Le paradoxe ;c’est que la télévision est censée constituer le moyen le mieux indiqué pour vaincre la persistance des mythes ; l’impact des préjugés sociaux et des référentiels culturels ; les tabous au lieu de cela elle est instrumentalisée de manière à les renforcer.
C’est d’autant plus grave que la pseudo-journaliste chargée de couvrir la manifestation est celle-là même qui joue le rôle d’animatrice d’une émission de la même chaîne destinée à la famille avec comme credo la conscientisation de la société sur un certain nombre de problèmes sociaux dont la victime est souvent la femme. Ce mélange des genres adopté par la TVM ajoute au désarroi du public ; laisse dubitatives les associations féminines ; de même qu’il constitue une insulte pour la femme journaliste. Comment expliquer qu’à travers Oussar Wa Houloul ; Mme Fatima Kheir ; actrice de métier ; censée contribuer à la sensibilisation et la promotion du rôle de la femme au sein de la cellule familiale ; s’implique en même temps dans son infériorisation comme elle le fait dans le spot ; diffusé parfois juste avant la dite-émission.
Par ailleurs ; les associations des opérateurs publicitaires ; préfèrent ; de leur côté ; exploiter l’ignorance du public très majoritairement analphabète notamment les femmes ; qui ; ne sachant pas opérer une distinction par rapport au message véhiculé et une sélection vis-à-vis du produit ; se contentent d’intérioriser. Ces associations passent en effet des messages où l’impact pédagogique est occulté au profit de l’objectif purement mercantile. Nous déplorons ; qu’à ce jour ; la femme est systématiquement chosifiée et associée exclusivement aux produits de consommation puisque ces associations ne tiennent aucun compte des signaux de changement perceptibles dans la société et contribuent ainsi à la perpétuation de la violence symbolique et à sa reproduction par la télévision ; cautionnant par la même occasion l’idéologie patriarcale couplée de l’éducation traditionnelle en usant de son pouvoir sur les masses.
Monsieur le président:
Nous estimons à la LDDF ; que le temps est venu pour les chaînes publiques d’instaurer des mécanismes destinées à préserver la dignité de la femme et éviter son humiliation au nom d’une pseudo-liberté de création. Car la création réside dans le fait de battre en brèche les stéréotypes et sortir des sentiers battus et de la banalité pour faire preuve d’esprit inventif. Faire descendre des dizaines de femmes dans les rues pour revendiquer et défendre un détergent destiné aux machines à laver sous forme de reportage animée par une fausse journaliste n’a rien de créatif. Cela aurait été créatif si c’était des hommes ; par exemple ; qui manifestait. Ces derniers ; ne sont-ils pas capables de faire marcher de tels appareils avec Tide Matic ?!!
Nous estimons aussi que le traitement infligé à la femme par les publicitaires s’explique en partie par le fait qu’aucune loi ne les oblige à respecter l’image de la femme dans les spots amplement dominés par les images de la femme-objet ou de la femme ménagère. Par ailleurs ; des agents de publicité profitent du vide juridique pour enfreindre un certain nombre de règles de conduite qu’ils ont eux-mêmes élaborées mais qu’ils continuent allègrement de transgresser.
En attendant la mise en place par le gouvernement d’un mécanisme institutionnel de lutte contre la violence de genre, nous sollicitons votre intervention pour faire respecter le code d’éthique existant et pour sensibiliser la télévision publique à mettre fin à la banalisation du confinement de la femme dans des rôles et situations humiliants et promouvoir son image,
Veillez agréer ; Monsieur ; nos salutations les plus distinguées.
P.S : vous trouverez ci joint notre mémorandum pour une loi cadre (intégrale) contre la violence à l’encontre des femmes.
Fouzia ASSOULI
Présidente de la LDDF
27 RUE EL BANAFSAJ MERS SULTAN CASABLANCA -TEL : 00212 -522 29 -78 69
Fax : 05 22 203 746 – Email : ciofem@yahoo.fr / www.lddf.ma


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